La servitude non altius tollendi constitue une limitation juridique fondamentale qui interdit ou restreint l’élévation d’un bâtiment au-delà d’une hauteur déterminée. Cette servitude de droit civil, établie au profit d’un fonds dominant, protège des intérêts légitimes comme l’ensoleillement, la vue ou l’harmonie architecturale. Pour les propriétaires et professionnels de l’immobilier, comprendre ses mécanismes s’avère indispensable pour sécuriser leurs projets et éviter les contentieux coûteux.
Origine et portée de la servitude non altius tollendi

Cette servitude trouve ses racines dans le droit romain et s’applique aujourd’hui dans de nombreuses situations immobilières. Elle crée une obligation négative pour le propriétaire du fonds servant, qui doit s’abstenir de construire au-delà de la hauteur fixée.
Pourquoi la servitude non altius tollendi existe-t-elle dans le droit immobilier
La servitude non altius tollendi répond à un besoin d’équilibre entre les droits de propriété voisins. Elle protège notamment l’accès à la lumière naturelle, préserve les vues panoramiques et maintient l’harmonie urbaine dans certains quartiers. Par exemple, dans les centres historiques comme celui d’Aix-en-Provence, cette servitude préserve le caractère architectural en limitant les surélévations anarchiques.
Le législateur français reconnaît cette servitude à travers les articles 637 et suivants du Code civil. Elle peut naître d’un accord entre propriétaires voisins ou découler de règlements d’urbanisme spécifiques à certaines zones protégées.
Les situations fréquentes où cette servitude s’applique en France
La servitude non altius tollendi se rencontre principalement dans trois contextes. D’abord, les lotissements résidentiels où les promoteurs l’établissent pour garantir une harmonie architecturale. Ensuite, les centres-villes historiques où elle protège le patrimoine bâti existant. Enfin, les zones côtières où elle préserve les vues sur mer, particulièrement valorisées sur la Côte d’Azur ou en Bretagne.
| Type de zone | Objectif principal | Hauteur limite courante |
|---|---|---|
| Lotissement résidentiel | Harmonie architecturale | 9 à 12 mètres |
| Centre historique | Préservation patrimoniale | Variable selon bâti existant |
| Zone côtière | Protection des vues | 15 à 20 mètres |
Cadre légal et conséquences pour les propriétaires

L’existence d’une servitude non altius tollendi transforme radicalement les possibilités d’évolution d’un bien immobilier. Sa méconnaissance expose les propriétaires à des risques juridiques et financiers considérables.
En quoi la servitude non altius tollendi impacte-t-elle vos projets de construction
Cette servitude limite directement les projets de surélévation, d’extension verticale ou même de reconstruction. Un propriétaire souhaitant aménager des combles ou ajouter un étage se trouve contraint par la hauteur maximale autorisée. À Paris, de nombreux projets d’extension dans les arrondissements centraux sont ainsi bloqués par ces servitudes historiques.
L’impact financier peut être substantiel. Une surélévation empêchée représente souvent une perte de valeur immobilière de 15 à 25% selon l’emplacement. Les architectes doivent alors concevoir des solutions alternatives, parfois plus coûteuses, pour optimiser l’espace disponible.
Comment identifier la présence d’une servitude non altius tollendi sur son terrain
La vérification s’effectue en plusieurs étapes. Le fichier immobilier conservé au service de publicité foncière mentionne les servitudes grevant le bien. L’acte de vente initial ou les documents notariés contiennent généralement ces informations cruciales.
Un géomètre-expert peut également analyser les documents d’urbanisme locaux et effectuer les relevés nécessaires. Cette démarche préventive coûte entre 800 et 1500 euros mais évite des contentieux bien plus onéreux. Les notaires recommandent systématiquement cette vérification avant tout achat immobilier.
Quelles sanctions en cas de non-respect de cette limitation d’altitude
Le non-respect d’une servitude non altius tollendi expose à plusieurs sanctions. Le bénéficiaire de la servitude peut exiger la démolition de la partie excédentaire, même si les travaux sont achevés. La jurisprudence de la Cour de cassation reste ferme sur ce point depuis l’arrêt de 2018 concernant un litige à Cannes.
Les dommages et intérêts s’ajoutent souvent à l’obligation de remise en état. Ils compensent le préjudice subi par le fonds dominant, notamment la perte de vue ou d’ensoleillement. Les montants peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros selon la valeur des biens concernés.
Gérer et anticiper les litiges liés à la hauteur des constructions
La prévention reste la meilleure stratégie face aux conflits de voisinage. Une approche méthodique et le recours à des professionnels qualifiés limitent considérablement les risques de contentieux.
Quels recours si votre voisin construit plus haut que permis
Face à une violation de servitude, la réaction doit être rapide et mesurée. Un courrier recommandé rappelant l’existence de la servitude constitue la première étape. Si le dialogue échoue, l’assignation en référé permet d’obtenir l’arrêt immédiat des travaux litigieux.
L’expertise judiciaire détermine ensuite l’ampleur du dépassement et les mesures correctives nécessaires. Cette procédure dure généralement 6 à 12 mois et coûte entre 3000 et 8000 euros en frais d’avocat et d’expert. Cependant, les dépens sont souvent mis à la charge de la partie perdante.
L’importance de la médiation et du dialogue dans la gestion immobilière
La médiation immobilière résout efficacement 70% des conflits de voisinage selon les statistiques du ministère de la Justice. Cette approche amiable préserve les relations de voisinage tout en trouvant des solutions créatives. Par exemple, un accord peut prévoir une compensation financière en échange d’une modification temporaire de la servitude.
Les chambres départementales des notaires proposent souvent ces services de médiation. Le coût, partagé entre les parties, reste modeste comparé à une procédure judiciaire. Cette solution permet aussi d’adapter la servitude aux évolutions urbaines contemporaines.
Prendre en compte la servitude non altius tollendi lors de l’achat d’un bien
L’acquisition d’un bien grevé d’une servitude non altius tollendi nécessite une évaluation précise de son impact. Cette contrainte doit être intégrée dans la négociation du prix de vente. Un bien avec servitude restrictive se négocie généralement avec une décote de 5 à 15%.
Les investisseurs immobiliers analysent systématiquement ces éléments avant tout engagement. Ils évaluent le potentiel de valorisation future et s’assurent que leurs projets restent compatibles avec les limitations existantes. Cette vigilance préserve la rentabilité de l’opération et évite les mauvaises surprises.
La servitude non altius tollendi illustre parfaitement l’équilibre délicat entre droits de propriété individuels et intérêt collectif. Sa bonne compréhension permet aux propriétaires de sécuriser leurs investissements tout en respectant les droits des voisins. Face à la complexité croissante du droit immobilier, l’accompagnement par des professionnels qualifiés reste indispensable pour naviguer sereinement dans ces contraintes légales.




